Les grands éditeurs scientifiques sont-ils des freins à la recherche et à l’accès libre à la connaissance ?

Le 7 mars dernier, à la suite d’une plainte des éditeurs Elsevier et Springer Nature, le tribunal de grande instance de Paris a statué pour le blocage des plateformes Sci-Hub et Libgen en France. Ces plateformes illégales permettent un libre accès aux publications scientifiques, outrepassant les « paywalls » établis par les éditeurs. Toutefois, leur facilité d’accès, leur importante quantité de publications disponibles (plus de 62 millions d’articles [1]), ainsi que leur gratuité sont des critères non-négligeables pour les utilisateurs et les utilisatrices qui ont le besoin ou l’envie d’accéder à des articles scientifiques. La disparition de ces plateformes soulève des questions importantes vis à vis du monde de l’édition scientifique. Cette situation absurde, où les universités sont obligées de payer, à la fois pour publier leurs recherches mais aussi pour y accéder, crée un décalage dangereux entre l’enseignement supérieur et la recherche. La finalité étant, qu’aujourd’hui, aucun·e étudiant·e et chercheur·e·s ne peut se passer de l’alternative illégale que constituaient SciHub et Libgen pour accéder aux connaissances produites avec l’argent public.

Les chercheur·e·s n’ont pas d’autre choix que de publier leurs résultats. Soumis à l’obligation de produire des résultats et d’exister aux yeux de la communauté scientifique, les maisons d’édition jouent un rôle prépondérant dans le contrôle de la diffusion des connaissances. L’obligation pour les chercheurs et chercheuses de publier dans des revues à fort impact [2] créer un véritable marché de la connaissance sur lequel les quatre principaux éditeurs [3] se partageant le monopole de l’édition scientifique et s’enrichissent de façon indécente au détriment de la recherche et de ses acteurs et actrices.

Des solutions pour limiter la domination de quelques éditeurs scientifiques ont déjà été envisagées, malheureusement aucune n’a encore vraiment été efficace à ce jour.  En effet, depuis les années 1990, des mouvements de promotion de l’Open Access – l’accès libre à la connaissance – voient le jour. De nombreux et nombreuses scientifiques appellent au boycott des grandes maisons d’édition scientifique et promeuvent les publications dans les revues gratuites et à se détacher des facteurs d’impact dont on sait qu’elle ne rime pas forcément avec la sûreté ou avec la qualité de l’information. Plus récemment, dans les années 2010, les universités en France et en Europe se sont positionnées en faveur de l’open access, notamment en se désabonnant des revues produites par les grands éditeurs scientifiques. En juillet dernier, le ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation – MESRI – a annoncé un plan ambitieux pour “la science ouverte” : “La France s’engage pour que les résultats de la recherche scientifique soient ouverts à tous, chercheurs, entreprises et citoyens, sans entrave, sans délai, sans paiement” [4].

L’Association Fédérative Nationale des Étudiants Universitaires Scientifiques – AFNEUS – tient à défendre l’accès à la culture scientifique, pour toutes et tous : cela passe par un travail et une réflexion visant une meilleure accessibilité aux travaux des scientifiques, que ce soit d’un point de vue purement professionnel, par les chercheur·e·s eux-mêmes et leurs collègues ; mais également d’un point de vue citoyen, en permettant à toutes et à tous d’avoir accès, à coût réduit, à la culture scientifique apportée par les travaux de recherches des multiples scientifiques dans le monde et, par la même occasion, permettre l’accès à des documents à sources fiables sans pression aucune de la performance ou de prestige.

Aujourd’hui, l’accès à une information scientifique fiable, durable et pérenne à moindre coût est primordial pour encourager l’esprit critique et la curiosité de toutes et tous. Il est donc impératif que les pouvoirs publics, les Universités et les différents laboratoires de recherches poursuivent et intensifient leurs efforts en faveur d’un accès libre à l’information scientifique – non seulement pour les étudiant·e·s mais aussi pour le grand public, afin d’abolir l’illettrisme scientifique et d’encourager l’esprit critique, nécessaire à tout·e citoyen·ne.

Contact presse :

Guillaume HERRAULT

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[1] Yves Eudes, “Alexandra Elbakyan, la Kazakhe pirate d’articles scientifiques”, Le Monde, 27 juillet 2017.

[2] Facteur impact : “Le facteur d’impact ou Impact Factor est l’indicateur de notoriété de revues le plus utilisé actuellement pour évaluer la publication.

[3] M. Vajou, R. Martinez et S.Chaudiro, “ Les enjeux économiques de l’édition scientifique, technique et médicale”, Les Cahiers du numérique (Vol 5), 2009

[4] Le plan national pour la science ouverte : https://urlz.fr/7n82

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